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Changer de banque

Bankswitching : gratuit, rapide et pourtant peu utilisé

Le bankswitching, service belge de mobilité interbancaire, a reçu 111 745 demandes en 2025. Rapporté aux quelque 20 millions de comptes à vue du pays, cela fait un titulaire sur trois cents. Les chiffres, les angles morts du service et le débat sur la portabilité du numéro de compte.

ParMarion8 min de lecture

Le bankswitching est le nom courant du service de mobilité interbancaire belge : la nouvelle banque rapatrie vos ordres permanents, vos domiciliations et vos rentrées régulières, sans frais, en dix jours ouvrables bancaires au plus tôt. Le service fonctionne. En 2025, il n'a pourtant servi qu'à un compte à vue sur trois cents.

Qu'est-ce que le bankswitching ?

Un mandat. Vous signez un formulaire auprès de la banque que vous rejoignez, et elle se charge d'aller chercher chez l'ancienne la liste de vos ordres de paiement, de les réencoder, puis de prévenir vos créanciers et les payeurs qui vous versent de l'argent à intervalles réguliers. Le service est gratuit, réservé aux particuliers, et il s'applique aux comptes à vue comme aux comptes d'épargne réglementés. Son fonctionnement tient dans un règlement de six pages publié par Febelfin, la fédération du secteur, que toutes les banques appliquent à l'identique.

La marche à suivre, étape par étape et délai par délai, figure dans notre guide pour changer de banque en Belgique. La question traitée ici est différente : pourquoi un outil qui marche sert-il si peu ?

111 745 demandes en 2025, pour une vingtaine de millions de comptes à vue

Febelfin publie le compteur chaque mois de janvier. Mis bout à bout, les quatre derniers communiqués racontent une progression, puis un reflux.

AnnéeDemandes reçuesDont comptes d'épargneSource
202293 167non préciséFebelfin, bilan de l'année 2022
2023119 517non préciséFebelfin, 15 janvier 2025
2024134 34347 908Febelfin, 15 janvier 2025
2025111 74545 178Febelfin, 7 janvier 2026

Chiffres relevés le 11 octobre 2026 dans les communiqués annuels de Febelfin.

Le recul de 2025 atteint 17 %. Febelfin l'attribue aux fusions bancaires qui avaient gonflé l'année 2024, et l'explication tient : quand une enseigne disparaît, ses clients déménagent par obligation et non par choix.

Reste l'ordre de grandeur. Dans les 111 745 demandes de 2025, 45 178 portaient sur un compte d'épargne. Il en reste 66 567 pour les comptes à vue, réparties entre les clôtures avec transfert des paiements (38 118, soit 34 % du total), les transferts de paiements sans clôture (16 %) et les clôtures sèches (10 %). Financité, dans l'avis qu'elle a remis à la Chambre sur le sujet, évalue le parc belge à environ 20 millions de comptes à vue et 18 millions de comptes d'épargne réglementés en 2023. Le calcul est vite fait : 0,33 % des comptes à vue sont passés par le service en 2025, et 0,25 % des comptes d'épargne.

Un compte sur trois cents.

Le même avis place en face les autres marchés où le consommateur belge peut partir quand il veut. En 2023, 18,42 % des clients ont changé de fournisseur d'électricité. En 2024, 8,7 % des cartes SIM actives ont migré avec leur numéro vers un autre opérateur. L'écart entre l'énergie et la banque est de un à cinquante-cinq, et il ne s'explique pas par le prix du déménagement, puisque le bankswitching ne coûte rien et que la clôture d'un compte à vue non plus.

Une banque « gratuite » n'existe pas, mais le service qui permet de la quitter, lui, l'est vraiment. Il sert à un compte sur trois cents.

Pourquoi le bankswitching est-il si peu utilisé ?

Parce qu'il règle le problème le plus simple.

Déplacer des paiements était, il y a vingt ans, la vraie corvée d'un changement de banque : écrire à chaque fournisseur, attendre, vérifier. Le service a supprimé cette corvée, et il l'a fait proprement. Seulement, ce qui attache un client à sa banque en 2026 se trouve ailleurs. L'Autorité belge de la concurrence l'a écrit dans son rapport de 2023 sur la banque de détail, où elle décrit un marché tenu par quatre groupes et pointe les ventes liées, en particulier au moment du crédit hypothécaire. Chacun connaît la mécanique : une réduction de taux accordée à condition de domicilier ses revenus et de prendre ses assurances dans la même maison. Aucun formulaire de mobilité ne détache ces produits les uns des autres.

L'autre frein est plus banal. Financité, par la voix de Morgane Kubicki interrogée par la RTBF le 7 avril 2025, le résume ainsi : « On sait que les Belges changent très peu de services bancaires », en bonne partie parce qu'ils s'imaginent la démarche compliquée. Elle ne l'est pas. Mais un service que l'on doit demander à la banque d'arrivée, dont le nom officiel compte quatre mots et dont le surnom est anglais, ne se fait pas connaître tout seul.

Le service oublie tout ce qui ne passe pas par un ordre de paiement

Le règlement définit précisément son objet : les ordres permanents, les virements à date mémo, les domiciliations exécutées au moins une fois dans les treize mois précédents, et les virements entrants récurrents. Le reste n'existe pas pour lui. La liste de ce reste est plus longue qu'on ne le croit en signant :

  • le numéro de compte, qui reste attaché à l'ancienne banque, avec tout ce qui en découle pour les bénéficiaires que vous avez communiqués une fois à un notaire, à un syndic ou à un ancien propriétaire ;
  • les paiements par carte, c'est-à-dire les abonnements de streaming, les plateformes de commerce en ligne et les salles de sport qui débitent un numéro de carte et non un compte ;
  • les domiciliations annuelles tombées juste avant la fenêtre de treize mois, typiquement une assurance incendie ou une cotisation ;
  • le SPF Finances, qui continue de rembourser sur l'ancien numéro tant que vous ne l'avez pas modifié vous-même sur MyMinfin ;
  • les produits adossés au compte : crédit hypothécaire, épargne-pension, compte-titres, coffre, dont aucun ne suit ;
  • vos bénéficiaires enregistrés et votre historique d'extraits, à exporter avant la clôture si vous voulez les garder.

Aucun de ces oublis n'est une défaillance. Ils découlent du périmètre, et Wikifin, le site d'éducation financière de la FSMA, le dit sans détour en recommandant de conserver l'ancien compte quelque temps.

Formulaire de mobilité interbancaire posé à côté d'une pile d'extraits de compte
Le formulaire ne vaut que pour un seul compte, et seulement pour ses ordres de paiement.

Peut-on utiliser le bankswitching sans clôturer son ancien compte ?

Oui, et c'est le choix d'une demande sur six.

Le formulaire propose quatre cases pour un compte à vue : transférer les paiements en gardant l'ancien compte, transférer et clôturer, faire seulement prévenir les créanciers et les payeurs, ou clôturer sans rien transférer. Garder l'ancien compte revient à en payer deux : 45 € par an pour un compte à la pièce chez KBC, carte de débit comprise, au tarif du 1er janvier 2026, contre 0 € pour une Formule Green chez Argenta selon la liste des tarifs valable au 16 septembre 2026. Quant à la clôture sèche, elle ne prévient personne.

Compte professionnel, compte joint, solde négatif : là où la demande cale

Trois situations bloquent ou amputent le service, et elles sont écrites dans le règlement.

La première concerne les indépendants. Le texte ne vise que le consommateur, défini comme une personne physique qui agit en dehors de toute activité commerciale, artisanale ou libérale. Un compte professionnel n'entre donc pas dans ce cadre, et Febelfin renvoie les entrepreneurs vers une page distincte de son site.

La deuxième touche les comptes joints. Pour un compte à vue, il suffit qu'un titulaire soit commun à l'ancien et au nouveau compte. Pour un compte d'épargne réglementé, tous les titulaires doivent être les mêmes des deux côtés, ce qui exclut de fait le couple qui profite d'un changement de banque pour séparer son épargne.

La troisième est la plus fréquente. Si l'ancien compte porte encore des engagements ouverts, l'ancienne banque ne le clôture pas à la date prévue et se contente de vous en informer. Certaines banques d'arrivée vont plus loin dans leurs propres conditions : Revolut, dont la formule Standard est à 0 € par mois (relevé de notre article du 26 septembre 2026 sur Revolut en Belgique), précise dans ses conditions de changement de compte, consultées le 11 octobre 2026, qu'une demande visant un ancien compte en solde débiteur finit rejetée, que les titulaires doivent être identiques et que le service ne fonctionne que dans un sens, vers Revolut.

La portabilité du numéro de compte ferait-elle mieux ?

C'est l'objection sérieuse, et elle vient des associations de consommateurs. Si l'on garde son numéro de téléphone en changeant d'opérateur, pourquoi pas son numéro de compte ? Une proposition de loi déposée à la Chambre sous le numéro 56 0223 veut inscrire ce principe dans le Code de droit économique, et l'accord de gouvernement fédéral s'engage à « examiner la faisabilité » de la mesure. Financité plaide pour un système d'alias inspiré du Bankgirot suédois, et estime qu'un dispositif national coûterait bien moins cher qu'un chantier européen.

Febelfin répond par la technique. L'IBAN contient le code de la banque, il est harmonisé à l'échelle de la zone SEPA, et le rendre portable supposerait une base de données européenne capable de dire en temps réel à quel établissement appartient chaque numéro. « Ce serait assez lourd à mettre en place », a déclaré sa porte-parole Charline Gorez à la RTBF, avant d'ajouter qu'il n'y a « pas de désavantage » à utiliser le bankswitching par rapport à la portabilité.

Les deux camps ont raison sur un point chacun. La portabilité supprimerait bien la moitié des oublis listés plus haut : plus de numéro à communiquer au fisc, plus de bénéficiaire perdu, plus de domiciliation annuelle égarée. Elle ne toucherait pas à l'autre moitié, celle des cartes, du crédit hypothécaire et des comptes-titres, c'est-à-dire aux liens que l'Autorité de la concurrence désigne comme les vrais verrous. Je ne crois pas qu'un numéro portable ferait passer la mobilité bancaire de 0,33 % à 18 %. Elle la ferait sans doute bouger, et c'est déjà une raison de suivre le dossier.

Tirelire et relevé de compte d'épargne sur une table

Un bon outil pour une petite partie du problème

Le bankswitching fait bien la seule chose qu'on lui demande. Si vous n'avez qu'un compte à vue, une carte de débit et des factures domiciliées, il règle votre départ en deux semaines et sans un euro. Si un crédit hypothécaire, une épargne-pension ou un portefeuille de titres vous lient à votre banque, il ne déplacera que la partie facile, et la question devient celle de garder deux banques plutôt que d'en changer.

Dans les deux cas, le formulaire vient après le calcul. Notre classement des banques belges donne le coût annuel du compte à vue établissement par établissement, le comparateur met deux formules côte à côte et la page quelle banque choisir part de votre usage. Pour une épargne, le coût du départ se compte en prime de fidélité perdue, et nous l'avons chiffré dans l'article sur le transfert d'un compte d'épargne vers une autre banque. Et si le problème est inverse, une banque qui ne veut plus de vous, c'est le service bancaire de base qu'il faut regarder.

Sources

Comparateur

Comparez les banques côte à côte.

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Questions fréquentes

Dix jours ouvrables bancaires au minimum, un mois au maximum, à compter du jour où la nouvelle banque reçoit le formulaire signé. Si la case de la date reste vide, la bascule tombe d'office au dixième jour ouvrable bancaire. Un compte lié à une carte à paiement différé peut rester ouvert jusqu'à trois mois après le transfert du solde.

Oui, pour un compte d'épargne réglementé, à condition que l'ancienne et la nouvelle banque figurent toutes deux sur la liste des participantes, qui comptait quatorze établissements dans le communiqué de Febelfin du 7 janvier 2026. Tous les titulaires doivent être identiques des deux côtés, et la prime de fidélité des versements de moins d'un an est perdue à la clôture.

Elle peut ne pas l'exécuter dans trois cas prévus par les textes : le demandeur n'agit pas comme consommateur, aucun titulaire n'est commun aux deux comptes, ou l'ancien compte porte encore des engagements ouverts, un solde négatif par exemple. Dans ce dernier cas le transfert des paiements peut avoir lieu, mais l'ancien compte n'est pas clôturé et la banque doit vous en informer.

Écrivez d'abord à l'ancienne et à la nouvelle banque, chacune répondant de sa partie de la procédure. Sans réponse satisfaisante, le dossier se porte gratuitement devant Ombudsfin, le médiateur du secteur financier belge. Le règlement du service ne prévoit aucun barème d'indemnisation : gardez les rappels de paiement et les frais subis, ce sont eux qui chiffrent le préjudice.

Marion a travaillé six ans en agence, à Namur puis à Bruxelles, avant de passer côté rédaction en 2020. Elle a ouvert, fermé et transféré assez de comptes à vue pour savoir où se cachent les frais : le forfait « tout compris » qui exclut justement le virement instantané, la carte de crédit offerte la première année, le compte d’épargne dont la prime de fidélité s’évapore au premier retrait. Depuis, elle relit chaque janvier et chaque juillet les documents d’information tarifaire des banques belges, recalcule le coût annuel réel par profil, et vérifie ce que rapporte vraiment un taux affiché quand le plafond est de 500 € par mois. Ce qui l’agace : les comparatifs qui classent une banque première sur la qualité de son application alors que le client, lui, paie ses frais en euros.